Documentation sur l'histoire et la culture du châtaignier en Cévennes

Origine et culture du châtaignie


Les vastes peuplement de châtaigniers qui occupent encore une grande partie du territoire cévenol ont tous été crées  par l'homme. Certes le  châtaignier est une espèce endémique des Cévennes mais la question de sa survie pendant les glaciations reste posée et, de toute façon il ne constituait pas de forêts, mais des sujets isolés ou des bosquets.

A partir du Moyen-Age et surtout au XVI siècle, les hommes ont remplacé les chênes et les hêtres par des châtaigniers.

 

Le châtaignier en Cévennes : installation, développement


Nous reprenons ici  les explications données par Monsieur Daniel Travier dans le livret intitulé 'Votre châtaigneraie"  édité par le Parc National des Cévennes.

Le châtaignier est-il un arbre indigène en Cévennes?

 

   La présence du châtaignier est attesté par les fouilles archéologiques (découverte de feuilles et châtaignes fossilisées datées de 21 millions d'années dans le Vivarais et de 2 à 5 millions d'années dans le Gard, la question de sa survie pendant les périodes de glaciation du Quaternaire reste posée. Il semblerait , au vue de recherches récentes, que l'implantation du châtaignier date de l'époque romaine et se soit intensifiée à partir du Moyen-Age.

  Pendant le Moyen-Age, la présence du châtaignier est attestée par la tomponymie et les documents éctits à partir du XIème siècle. Cette châtaigneraie, essentiellement fruitière remplace les hétraies et chênaies naturelles. On a peut être surévalué le rôle que l'on attribue traditionnelement aux moines dans l'implantation de la châtaigneraie et l'introduction de la technique de la greffe.

  La fin du Moyen-Age est une époque troublée (variations climatiques, épidémies, guerres de Cent ans...) qui marque un recul de la population et un abandon partiel de la châtaigneraie cévenole.

 Châtaigniers  châtaignes Cévennes
  
 
chtaigniers1 

  Le XVI ème siècle avec sa forte augmentation de la population  voit une extension sans précédent de la châtaigneraie en Cévennes qui gagne encore du terrain sur les chênes et les hêtres.

On peut remarquer, à Mandajors et dans toute la vallée, la totale absence du chêne pubescent qui a été éradiqué et remplacé par la châtaigneraie, qui,elle-même, est malheureusement  mise à mal par le pins maritimes. C'est l'époque des grandes "plantades" ,ces grandes plantations de châtaigniers. Le valat qui limite Bayssac à l'Ouest porte le nom de Plantière, zone de châtaigneraie, celle-ci est attestée par des descriptions d'un participant aux assemblées protestantes interdites qui s'y sont déroulées au début du XVIII ème siècle.  Il décrit d'un côté les "cerclères", taillis qui existent encore et de l'autre côté la châtaigneraie fruitière "de haute futaie" qui a beaucoup moins bien résistée, les anciens arbres sont moribonds envahis par les ronces et lesplins maritimes... On peut, sans trop de risque, imaginer que ce nom de Plantières vient de cette époque de plantations de nouvelles châtaigneraies au XVIème siècle. Il est émouvant lorsque l'on se promène dans ce valat d'imaginer le gigantesque travail qu'a dû représenter cette plantation.

 

 

La châtaigneraie est donc une forêt "culturelle", liée à l'homme pour sa constitution mais aussi pour sa pérennité... Des accidents climatiques notamment les fortes gelées de 1709 et de 1789 ont contribué au remplacement de la châtaigneraie par le mûrier indispensable à l'élevage du cer à soie, en pleine expansion au XVIII siècle. De nombreuses châtaigneraies sont abattues, il faudra attendre le milieu de XIXème avec un nouvel essor de la population pour voir la châtaigneraie atteindre son extension maximale en Cévennes, parfois au delà des zones favorables à sa culture.
Cet  arbre localisé qui fournit  une nourriture abondante et régulière  crée des formes de culture, qui, lorsqu'elle est possible, développe une présence  massive et prend parfois, comme en Cévennes, la forme d'une  quasi monoculture.

Le Maître des Terroirs


    Le châtaignier revêt une importance particulière en Cévennes,  il est un véritable marqueur de l'identité cévenole.  Tout un mode de vie s'est développé atour de cette culture marquant les paysages, donnant lieu à un mode spécifique d'alimentation. Les cévenols ont développé tout un art du séchage en clède ( voir visite de la châtaigneraie)  et une technique du décorticage qui leur permettaient d'voir des châtaignes sèches, décortiquées se conservant plusieurs mois. Elles étaient concommées le plus souvent sous forme de soupe le bajana  souvent agrémenté de lait. contrairement à la Corse, les Cévennes n'ont pas une tradition de faine de châtaigne. La seule farine qui était moulue était destinée aux animaux, comme d'ailleurs les brises, les  petits morceaux de châtaignes récuipérés après le décorticage. 

Le décorticage a été fait de deiverse manières :

  • Avec les fameuses chaussures à pointes, les soles
  • Avec un sac de toile projeté sur un billots de bois
  • Des machines astucueuses:
    •  le Pisaïre (qui permet de séparer la première peau de la châtaigne)
    • Le Ventaïre permet de séparaer les peaux des châtaignes séchées ou blanchettes . Les peaus seraont utilisées l'année suivante pour entretenir le feu de la clède.

Il faut imaginer l'époque ou l'on voyait de loin en loin toutes ces clèdes qui fumaient dans le magnifique paysage  d'automne cévenol...

Aujourd'hui, certains continuent cette tradition mais beaucoup de châtaignes sont séches dans des séchoirs à gaz.

Châtaigneraie et convivialité 

 
 
 chtaignier3

  De nombreuses activités regroupaient  les cévenols autour de  la châtaigne: la récolte en famille ou avec des ouvriers "loués" dans les grandes foires comme celle des Ayres dans la Vallée du Galeizon mais surtout les veillées.

 A l'occasion du tri des châtaîgnes décortiquées qui devaient être en parfait état sanitaire pour bien se conserver  et  autour de l’affachado, le repas de châtaignes  grillées  avec la grande poëlele percée.

 

Importance de la culture du châtaignier à Bayssac

   On peut remarquer, dans l'utilisation de l'espace autour du mas, combien le châtaignier était privilégié. Face au peu de terres planes, on aurait pu imaginer que le châtaignier serait repoussée jusqu'aux pentes, terres qui lui sont trop systématiquement associées. Il n'en est rien: la châtaigneraie empiète largement sur les terres facilement cultivables. La culture de la châtaigne n'était donc pas seulement une obligation due à des terres peu propices aux céréales mais un véritable choix alimentaire.

 La valeur nutritive de la châtaigne sera présentée sur  une autre page mais, d'un point de vue historique, la possibilité d'avoir une nourriture  équilibrée en remplaçant une grande partie des céréales par des châtaignes est attestée. L'alimentation du cévenol  (environ 2kg de châtaignes par personne et par jour) était complétée par  un apport de seigle, des produits issus des cochons, de légumes et de légumineuses. Les Cévennes n'ont pas connu les grandes famines qui frappaient parfois d'autres régions et des témoignages décrivent la vigueur elt la bonne santé des habitants des vallées cévenoles.  La comparaison nutritionnelle avec la  pomme de terre montre la plus grande richesse calorique de la châtaigne.
On estime qu'il fallait  (selon la qualité des conditions de culture)
environ 35 arbres pour nourrir quatre personnes pendant 7 mois.
La châtaigneraie était donc une incontestable richesse  et pour comprendre l'abandon de cette ressource  il est nécssaire de prendre en compte la force du  rejet de la différence en matière d’alimentation et lacméconnaissance parisienne pour une production limitée à certains terroirs du Sud..

Les usages du châtaignier


Châtaigniers  châtaignes Cévennes

L'usage du châtaignier par les cévenols allaient bien au delà du fruit.

Le bois: remarquable par son caractère presue imputrescible et sa belle couleur orangé, le châtaignier tait le bois des menuiseries, des charpentes, de beaucoup de meubles mais aussi des cercueils...

Les feuilles nourissaient les animaux, fournisssaient la litière, entouraient le pain dans le four, entouraient les fromages...

La farine et les brises nourissaient les cochons dans la dernière partie de son engraissement mais aussi les agneaux. Les cochons élévés dans le courtil était la plus grosse source de viande mais aussi une source importante de revenu, une des rares richesse commerciale avec le miel et la soie bien sûr...

Le déclin  de la châtaigneraie cévenole

On peut identifier deux sortes de causes :

Les causes propres à la châtaigneraie:

:
 - Les maladies (voir ce châpitre) ont fait baissé les rendements et détruits des châtaigneraies. Elles ont fait douter et font encore hélas douter bien des cévenols de l'avenir de cette culture.
-  La désafection pour la châtaigne réputée aliment trop rustique et la chute des cours qui a suivi.


Les causes propres aux Cévennes

- Un exode rural sans précédent  des cévenols a privé la châtaignertaie de la main d'oeuvre nécessaire à son entretien. Il faut souligner le peu de terres mécanisables dans le terroir cévenol le disqualifiait dans le grand mouvement de modernisation de l'agriculture dans la seconde partie du XXème siècle.

- Le tanin: à partir de 1820 un nouveau processus de tannage à base de tanin d'écorce d'arbres a été mis au point. Le châtaignier , et hélas surtout les vieux arbres étant riches en tanin, bien des châtaigniers ont été sacrifiés pour  une petite somme d'argent qui représentait environ 7 ans de récolte. Cette petite entrée d'argent était souvent une façon de partir avec un peu d'argent pour ceux qui abandonnaient déféinitivement des fermas trop peu rentables et partaient pour la mine ou pour la ville.
 Au départ, on a coupé des châtaigneraies atteintes par l'encre puis le mouvement s'est généralisé et des hectares de châtaigneraies saines ont été détruites. A Saint Paul La Coste des tanneries achetaient même, au plus fort de l'exode rural,  des propriétés pour une bouchée de pain, rien que pour pouvoir couper les beaux châtaigniers.

- Bien avant le tanin, au cours deu XVIII ème bien des châtaigneraies et, notamment, celles atteintes par les grands froids (surtout celui de l'hiver 1709) ont été remplacée par des mûriers. Jusqu'au milieu de XIXème l'élevage du ver à soie paraissait plus sûr et plus rentable.  Certes il y eu plusieurs alternances d' expansion et de déclin qui suivaient les expansion ou diminution de la population mais l'abandon actuel est différent: on estime à environ 5% lde la châtaigneraie cévenole, la châtaigneraie réellement  exploitée.

 

 Les causes plus générales:

- Les changements de mentalités

A partir du XIXème siècle, s'est développé un courant de pensée noramment chez les agronomes valorisant les cultures que l'on pouvait "moderniser". Le châtaigneraie, mal connue par ces spécialistes parisiens  a été assimilée à une cueillette, une pratique "routinière"  et sans possibilité d'évolution car peu mécanisable. Le lien cueillette/primitif a contribué à dévaloriser l'exploitation de la châtaigneraie.

 

La diminution des travaux de force, exigeant un très fort calorique a aussi contribué de nombreux habitants des villes à préférer des aliments moins nourissants comme le pain blanc.

La châtaigneraie des Cévennes, terres protestantes a aussi été dévalorisée par une idéologie que l'on retrouve chez les dignitaires catholiques mêlant la condamnation d'une pratique de paresseux, d'un travail de femme,  (on ne voulait considérer uniquement l'aspect cueillette) d'une infériorité de la châtaigne par rapport aux céréales . Celles-ci réclament le labour, le travail de la terre, le "véritable travail de l'homme " et sont peu à peu cobnsidérée comme seule denrée appropriée à une alimentation proprement humaine.

Avec la volonté d'unifier la France, les habitudes alimentaires trop spécifiques, comme les langues régionales ont été dévalorisées. La châtaigne est devenue une nourriture du pauvre tandis que le pain était considérée comme la   seule alimentation humaine.  La châtaigne a été dédaignée tandis que les céréales sont devenues  le symbole de l’homme occidental.

Toutes ces raisons ont provoqué une baisse des prix et de la consommationrenforçant encore la perte de la valeur aussi bien commerciale que symbolique de la châtaigne.

Ces incitations à abandonner une culture qui donnait une véritable capacité d'autarcie n'étaient-elles pas ausi un moyen de  faire rentrer dans le rang des régions trop souvent contastataires au regard du pouvoir central... Certes le reculétéit  inévitable il  mais a pris en France et en particulier en Cévennes une forme de désertification qui aurait certainement pu être limitée avec un autre état d‘esprit des agronomes et de l’administration.

 

Perspectives pour la châtaigneraie des Cévennes

La châtaigneraie cévenole a connu un extraordinaire essor puis un déclin spectaculaire dû à des difficultés qui lui sont propres, au changement du monde agricole mais aussi à un rejet des particularismes régionaux et de la différence alimentaire.
Actuellement,  la châtaigne connaît un regain d'intérêt porté par las modifications et les prises de conscience ces dernières années. Elles est à la fois redevenue un élément patrimonial à préserver et un élément d'une la biodiversité dont la défense est devenu une question capitale. La châtaigne mérite aussi être valorisée comme ressource locale, adaptée à l'agriculture biologique. Elle correspond également à la modification des goûts alimentaires en faveur des produits authentiques et des goûts du terroir.

 

La nécessité de modifier nos modes de consommation et nos comportements alimentaires ne peut être en aucun cas retour en arrière: toutes les formes d'alimentation paysanne du XIXèmee siècle nous paraîtrait insupportable de monotonie, mais de la réintégration dans nos pratiques alimentaires d'une richesse oubliée, au dlà d'un rôle anecdotique de friandise.

Il  semble aussi qu'il est important de nuancer les lieux communs sur unse soit-disant société de misère se contentant de châtaignes faute de pouvoir cultiver autre choses sur ses pentes d'une "nourriture à cochon". Il suffit de contempler le mas de Bayssac depuis le haut de la châtaigneraie greffée pour être envahi parun sentiment de respect  et d'admiration. La nourriture qui a permis la construction de cet ensemble architectural ne pouvait pas être une nourriture de survie mais une forme de richesse  et  d’autonomie.  L'importance du mas est par elle seule la preuve d’une nourriture abondante qui a permis aux Cévennes du début du XIXème d'abriter autant d'habitants par surfacce cultivable que la plaine.

  

Châtaigniers  châtaignes Cévennes 
 

 

La renaissance de la châtaigneraie cévenole est  discrète mais réelle. Il s'élève des voix toujours plus nombreuses  pour la défendre. C'est le sens de ces quelques pages, partager notre enthousiasme pour ce qui constitue un véritable "monde  de la châtaigne".

                                                                                                                                                                              

  A suivre : culture du châtaignier en Cévennes